Peu importe le tyran, pourvu qu’on ait l’ivresse!

Or donc, les Belges ont voté ce dimanche 14 octobre 2018 pour se donner des maîtres à la tête des communes ainsi que de leurs provinces. Quelques étrangers, ressortissants de l’Union européenne, se sont joints à la mascarade qu’un ami très cher et Français qualifiait ce matin de « sodocratie ». J’aime ce néologisme et je lui suis infiniment reconnaissant de l’avoir forgé. Notez bien qu’étant moi-même bougnoule mangeant le pain (blanc bien sûr, faut pas déconner) des Belges, j’aurais pu poser un acte citoyen et éco-conscient en requérant l’inscription sur les listes électorales dévolues aux immigrés mais je ne vote déjà pas chez moi, alors vous pensez bien que chez les autres … bref, tout ceci pour vous dire que j’ai bien rigolé, que je me bidonne encore et que ce n’est pas prêt de s’arrêter vu les résultats très précisément ubuesques des élections dans le cher (très cher !) royaume de Belgique.

Voyez plutôt !

  • au sud est la Wallonie, ravagée depuis des décennies d’hégémonie socialiste citoyenne et festive©, qui en a remis une couche rouge bien grasse et teintée de vert ;
  • au centre est Bruxelles , ravagée depuis des décennies d’hégémonie socialiste citoyenne et festive©, qui en a remis une couche rouge bien grasse et fortement teintée de vert (oui je sais : c’est presque la même phrase que la précédente, mais est-ce ma faute si les Bruxellois sont – presque – aussi rigolos et festifs que les Wallons ?) ;
  • au nord est la Flandre, plutôt à droite et prospère, largement décrite comme facho et hostile au progrès, où on vit bien et paie (un tout petit peu) moins de taxes. La Flandre reste raisonnable même s’il faut admettre que les verts locaux ont bien progressé;
  • À l’est est la Région germanophone (oui, il y a des germanophones en Belgique, bien moins nombreux que les arabophones mais les premiers ont droit à une région à eux tout seuls, avec gouvernement et fonctionnaires, alors que les arabes se contentent de voter pour leurs patrons). Au moment où je rédige ce billet, les résultats ne sont pas encore connus mais entre nous, on s’en tamponne joyeusement les gonades et les mamelles (je fais dans l’inclusif dorénavant) tant ces braves gens sont peu nombreux.

Bref les résultats sont clairs : à gauche toute dans la partie latine du pays (n’oubliez pas d’embarquer les pastèques parce qu’on aura besoin de vitamines pendant la traversée, soyons prévoyants) et on ne bouge pas trop parce que ça fonctionne bien dans la partie germanique du pays (mais on va quand même embarquer quelques pastèques parce qu’on aura besoin de vitamines, soyons prévoyants. Cette phrase est également très similaire à la précédente, mais certains Flamands sont – il faut oser le dire – tout aussi rigolos que leurs concitoyens francophones.) et figurez-vous que je ne suis pas du tout convaincu qu’il y ait des choses radicalement nouvelles car, à chaud, nous sommes souvent prisonniers d’une couverture médiatique qui tend à valoriser le scoop mais en réalité c’est pas de l’inédit ou de l’inouï. C’est systématiquement débile bien entendu, mais rarement inattendu. D’ailleurs dès qu’on a un minuscule recul au sortir de cette période d’effervescence collective (et festive, c’est important) on réalise qu’il n’y a pas nécessairement d’éléments structurellement nouveaux : les clients, souvent pauvres, votent pour leurs patrons et ceux qui ont atteint une situation confortable (surtout à Bruxelles, quand ils sont expatriés et ne paient presque aucun impôt sur le revenu) votent écolo parce qu’ils n’ont pas de souci à remplir les gamelles à la fin du mois. L’écologie est une maladie mentale du riche parce qu’il peut se la permettre ; elle peut aussi être celle du pauvre, mais alors celui-ci est zadiste et sa pauvreté est idéologique et son parasitisme est consubstantiel à son amour des toilettes sèches et des cabanes en caca de bovidé.

Je me permettrai au passage de vous faire remarquer que ceux qui votent aux deux extrêmes forment un conglomérat de gens qui pensent des choses différentes et souvent contradictoires, mais qui se rejoignent systématiquement sur l’essentiel : il faut plus d’État, plus d’impôts et moins de riches/ de bougnoules (c’est là que se situe la minuscule différence). À gauche on professe qu’il faut arrêter de donner des aides sociales aux « riches » quand d’autres disent qu’il faut les réserver aux autochtones ce qui, vous en conviendrez, n’est pas fondamentalement différent. Avec quelques variations, tous sont très attentifs aux thèmes de l’ordre, de la morale de la question des impôts, du nombre de fonctionnaires, des politiques sociales ; d’autres encore sont extrêmement sensibles à la question de l’immigration, mais tous sont globalement d’accord sur le fait que les « riches » doivent payer, que la planète se meurt et que l’État construit les routes. La peurologie a fonctionné pleins tubes, les prophètes s’en sont donné à cœur-joie, les apôtres ont sillonné le pays et squatté les ondes, les gourous ont été ressortis de leurs cavernes et les adeptes ont joyeusement (et festivement) couru vers les bureaux de vote pour s’absoudre de leurs péchés et se libérer d’une culpabilité très humaine (car voler c’est mal, on le sait bien, alors on délègue à l’État) dans l’espoir à peine voilé d’une rédemption après avoir fait son « devoir » de citoyen. J’en pleurerais presque !

C’est une illusion de penser que tous les électeurs du PS ou du PTB (communiste) partagent les analyses du parti et il ne faut pas commettre l’erreur de considérer le vote écolo uniquement à l’aune du sens que des intellectuels lui donnent. Car tous veulent la même chose, le même Graal : le pouvoir et par conséquent le contrôle de l’État et de ses ramifications. Certes les gens de droite seront généralement pro-liberté d’entreprise, mais ils sont généralement plus catholiques que leurs papes quand il s’agit d’organiser tout ça et ce ne sont pas les derniers à en appeler à l’État. Même si le rapport à la chose politique est extrêmement variable selon les individus, c’est toujours la même pulsion qui précipitera aux urnes les électeurs, à savoir un besoin irrépressible d’une image paternelle qui se réalise dans la pérennisation des infrastructures sociologiques (partis, clans, coteries) et se résume finalement à la nécessité d’être guidé, quitte à admettre le principe démocratique qui revient, je le disais plus haut, à se choisir des maîtres. À ce jeu les Belges sont champions car en plus de la complexité proprement faramineuse de leur système politique et institutionnel se greffent les questions linguistiques et culturelles qui finissent de fausser complètement la donne et renforcent, mécaniquement, des partis qui n’auraient sans doute en temps normal aucune chance de se retrouver au pouvoir. Un socialiste francophone préfèrera voter pour un « libéral » francophone plutôt que pour un socialiste flamand car ce dernier est Flamand (oui, c’est un peu le principe du racisme ou du vote communautaire, je sais, mais n’oubliez jamais que le racisme et le communautarisme c’est la droite, donc vous aurez l’obligeance de fermer vos mouilles – merci bien !) Ça change, notez bien, il y a quand même des francophones moins rigolos que les autres qui votent pour des listes flamandes sur lesquelles on peut trouver des Francophones pas forcément très « de souche » (et je salue ici la très courageuse Tatiana Hachimi ), voire des nègres !

Franchement, je vais vous dire : on est en plein dans l’émotion, toute l’émotion – rien que l’émotion ainsi que son corollaire : l’imaginaire ! – et ce qu’on nous vend comme une évolution, inédite et inouïe donc, n’est jamais rien d’autre qu’une resucée particulièrement insipide. À ce sujet, celui de la philosophie des émotions, je vous conseille de compulser « Upheavals of Thought, The Intelligence of Emotions », publié par Martha Nussbaum en 2001 (en Anglais, ça se trouve chez Cambridge, C.U.P). C’est un peu ardu à lire, mais c’est tellement instructif quand on veut dépasser les sempiternelles micro-analyses qui se concluent invariablement par « la politique c’est de la merde » parce qu’on refuse, par paresse, mépris ou par crainte d’admettre que derrière chaque mouton il y a un esprit humain. Et s’il y a un esprit il y a une psyché et s’il y a une psyché, il y a toujours, en embuscade, le petit père Freud.

C’est d’ailleurs parce que l’imaginaire constitue l’essence même du politique (ou mieux : de la démocratie elle-même, allez lire Hans-Hermann Hoppe !) que ses manifestations concrètes, souvent violentes, témoignent d’une énergie mobilisable chez les individus visant l’objet le pouvoir. La gauche veut le pouvoir, la droite veut le pouvoir, les écolos peuvent vous convaincre qu’ils n’œuvrent que pour vous et les petits lapins, mais eux-aussi veulent le pouvoir. La chose politique est toute entière formée, conçue et dédiée à la conquête du pouvoir et quelles que soient les formations, quels que soient les partis, quel que soit le Zeitgeist cette chose sera toujours et premièrement une combinaison des pulsions essentielles de l’humain : pulsions de vie (construction, union) et pulsions de mort (dissociation, déchirement). En définitive, il s’agira toujours pour les politiciens de prétendre établir quelque chose de stable à partir d’un substrat fondamentalement instable parce que naturellement libre et naturel : l’humanité.

Libre et naturelle, l’humanité est ingouvernable – il conviendra donc de faire en sorte que les individus ne soient plus libres et adhèrent, si possible volontairement, à une servitude que l’on colorera de rouge, de vert, de bleu ou de noir selon son opportunisme et de son génie à faire prendre des vessies pour des lanternes (je connais des riches de gauche et des juifs fachos, c’est dire !) Il va de soi que les résultats de ces élections belges sont déplorables mais entre nous, quelle importance ? Toutes les idées, toutes les doctrines, bien que différentes et parfois irréductibles, mènent à la servitude, toutes ! Il n’est pas une seule idée livrée au scrutin qui ne soit reprise par des meneurs décidés à les mettre en pratique, parfois par générosité ou ardeur utopiste (un moindre mal) mais plus généralement par ambition et par soif du pouvoir (la générosité se transformant en volonté de conquête, puis, plus ou moins rapidement, en accaparement du pouvoir, voire en despotisme féroce). Toutes les ficelles sont utilisées, qui invariablement reposent sur la crainte, la peur et sont cimentées par l’ignorance ou le résultat d’années de propagande quand ce n’est pas de l’instruction politique au sortir berceau et si je veux bien admettre que toute politique est basée sur le conflit, je ne puis me résoudre à envisager qu’une nouvelle violence (le monopole de la coercition) remplace, par la force, le libre contrat entre les individus. Sans aller aussi loin que Hans-Hermann Hoppe, mais certainement dans la lignée d’Isaiah Berlin, j’affirmerai pour conclure mon propos que la démocratie reste une utopie tragique au sens grec du terme, qui ne se survit que de la conjonction de volontés hors de portée de l’individu puisque des lois spécifiques régissent les statuts – et donc les privilèges ! – des élus qui transcendent la plèbe. La démocratie tend à devenir une seconde nature de l’individu occidental et c’est ce qui m’horrifie encore plus que la victoire d’une gauche aussi rassie que misérablement tyrannique parce que ça signifie que la soumission et la servitude sont probablement devenus consubstantiels de la nature des individus.

En d’autres termes et contrairement au début de ce billet comme aux apparences, je me fiche des résultats de ces élections comme de ceux de toutes les élections du monde, attendu qu’il sera toujours inacceptable et principalement inadmissible de se laisser mener sous prétexte d’un choix démocratique dûment respectueux des lois en vigueur et au nom d’un idéal transcendant, d’un bien supérieur largement fictionnel. Car quelle que soit sa couleur, le pouvoir s’auto-justifiera toujours par un système et valeur unique au contenu non négociable. Certes, il est bien possible que la vision d’un monde parfaitement harmonieux fondé sur le monisme libertarien demeure largement utopique à cause de l’irrationalité de la psyché humaine, mais il n’en demeure pas moins que jamais un libertarien n’aura la prétention de diriger, contrôler, régenter (etc : pour la liste exhaustive, relisez Proudhon !) la vie d’autrui, même si cet autrui est assez rigolo pour se défaire de sa souveraineté.

Parce que cette démarche, même parée des plus chouettes oripeaux, mène toujours à la tyrannie.

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