Avant, on disait déjà que c’était mieux avant!

Je ne crois pas que la médiocrité dont on caractérise volontiers et sans doute un peu rapidement les sociétés occidentales soit propre à notre époque. J’irais même plus loin : elle n’a rien d’extraordinaire, rien de neuf à part peut-être dans la forme mais sur le fond nihil novi sub sole à part, comme l’envisageait l’Ecclésiaste dont la relecture récente m’a inspiré ce billet, l’expression elle-même de la vanité, mais guère plus. Ne vous braquez pas, je ne vais pas vous faire l’histoire de la médiocrité à travers les âges afin de tenter de démontrer, sans doute vainement, que nous vivons une époque formidable. Il s’agit plus humblement de rappeler quelques évidences et, ce faisant, de proposer un peu de baume que vous pourrez vous mettre où bon vous chante même si, personnellement, je conseille le cœur. Après, veuillez noter que si j’écris pour tous, les individus que j’envisage dans ce billet sont tous au moins quadragénaires (appelons-les « Jean »), vous comprendrez très vite pourquoi. Je connais bien quelques trentenaires qui me suivront dans mon raisonnement et sans doute l’un ou l’autre plus jeune doté d’une raison extrêmement affutée (appelons ceux-ci « Claude », puisqu’il s’agit d’un prénom non-genré).

La première des évidences est que nous plus nous vieillissons, plus nous accumulons d’expérience, de bagage, ainsi que naturellement de la connaissance fondamentale que nous comprenons de mieux en mieux à la lumière d’autres acquisitions intellectuelles et sentimentales. Notre esprit s’aiguise en conséquence et, si nous sommes rationnels, nous accumulons et améliorons sans cesse notre boîte à outils critique. Tout ceci entraîne mécaniquement une plus grande attention et peut-être une sensibilité accrue à des événements, des phénomènes que nous aurions ignorés il y a 20 ans, que nous n’aurions pas analysés de la même manière qu’aujourd’hui et qui, pour la plupart, n’auraient de toutes manières pas représenté un intérêt suffisant pour s’y attacher. Un ami psychologue me confirmait d’ailleurs tout récemment que la plupart des jeunes sont de gauche, ce qui comprend l’écologie politique, car « ils ne savent rien » et se vautrent cœur et âme dans les idéologies les plus simples, voire simplistes, et alors naît l’expression d’une vanité juvénile tout à fait compréhensible à défaut d’être supportable. Vous noterez que je suis là aussi en accord avec l’Ecclésiaste (sus-cité, mais en Latin) qui affirmait : « S’il est une chose dont on dise : Vois ceci, c’est nouveau ! cette chose existait déjà dans les siècles qui nous ont précédés. »

La deuxième évidence découle de la première : comme la raison exercée par un individu intelligent arrivé, mettons, à la moitié de sa vie est sans aucun doute plus fine et plus puissante que celle du jeune, il justifie ses positions sur la base d’un à-priori. Je précise que cet à-priori ne vient pas de nulle part, mais de chez Platon, en passant par Aristote : il s’agit de ce qui est « antérieur » et par extension ce qui est « fondamental ». Et c’est ce rapport de plus grande antériorité en regard de ce qui est postérieur qui lui donne plus de valeur (d’autres comme Leibnitz disaient autre chose de l’à-priori mais ça ne collerait pas avec le sujet – c’est vous qui voyez) et permet donc de poser le constat dont il est question : ce monde est foutu, ses normes sont débiles et les nouvelles générations sont sans espoir. Ce n’est sans doute pas faux, mais ce n’est pas nouveau ! Et si ce n’est pas nouveau, alors que l’humain et les sociétés humaines (pour faire court) ont évolué, c’est que c’est fort probablement un trait immuable, un fondamental, un a-tome. Les sujets des critiques sont sans doutes neufs puisque, justement, il y a eu évolution (la critique des smartphones par Caton n’est pas précisément restée dans les annales, ou alors j’ai raté un épisode) mais la nature de la critique faite par Jean demeure à-priori alors que celle de Claude est à-postériori : Jean part des causes pour arriver aux faits, alors que Claude remonte des faits aux causes –les deux étant plus ou moins bien maîtrisées. En d’autres termes il est incapable de la même critique que Jean, voire même incapable de toute autre critique que celle imposée par une grille de lecture très rigide, généralement collectiviste mais là n’est pas mon propos. C’est pourquoi Claude est progressiste et Jean un vieux con réac’, fort bien, mais qui a raison ?

La réalité est que tous deux se mettent le doigt dans l’œil jusqu’à l’omoplate, car la psyché humaine est relativement immuable à partir – mettons – d’Homo Sapiens, malgré une relative plasticité nécessaire au bouillonnement interminable des idées et des analyses qui sont les moteurs de l’évolution. Les normes sociales sont sans aucun doute différentes à Babylone, Athènes, Rome ou Lutèce mais il n’en demeure pas moins que ce sont les mêmes humains qui peuplent ces phares de la civilisation (encore que pour Lutèce, il y ait débat) et, partant, il est fort improbable que les faits sociaux qui nous concernent aient été considérés de manière différente par nos prédécesseurs. En d’autres termes, grand-papa Lucius Maximus Libertarianus considérait fort probablement déjà que l’époque pleinement vécue par son petit-fils Gaius Maximus Asinus était à chier, ses normes sociales aberrantes et pour tout dire, il aurait préféré se tirer de là ou, alternative plus probable, râler sur les réseaux sociaux de l’époque. Tenez, prenez ce bon Montesquieu : n’affirmait-il pas dans ses Considérations sur les causes de la grandeur des Romains et de leur décadence que « Si César et Pompée avaient pensé comme Caton, d’autres auraient pensé comme firent César et Pompée ; et la république, destinée à périr, auroit été entraînée au précipice par une autre main.  Si Jules César n’avait pas renversé la République, d’autres s’en seraient chargés et cette institution politique serait tombée à une autre occasion »? Ce qui signifie très précisément que ce que perçoit l’individu est immanent et possiblement cyclique et non transcendant, c’est-à-dire indépendant de principes extérieurs et changeants, comme les idéologies par exemple.

Il en découle implacablement (et j’avoue paraphraser David Foekinos) que « avant, on disait aussi que ‘c’était mieux avant’ » et que « maintenant est le ‘c’était-mieux-avant’ de dans 25 ans »! Cela n’a donc aucun sens de dire que c’était mieux avant ou que ce sera mieux demain. Évidemment, quand on contemple les dégâts affligeants infligés par le collectivisme occidental et tous ses avatars depuis un peu plus d’un demi-siècle, on peut sainement affirmer que tout va mal. Sur une échelle allant de 1 à 10, aujourd’hui « va mal » obtiendrait sans doute une cote de 7. Mais il en était de même avant, et encore avant, et bien avant, et il en sera de même demain, et encore après-demain à moins qu’un vieillard cacochyme ne déclenche un cataclysme nucléaire … mais même là, tout finira par aller bien (et mal !) de nouveau à un moment donné, sauf que je doute qu’il y ait encore beaucoup d’humains pour se faire plaisir avec ces gymnastiques intellectuelles un peu vaines, bien que parfois drôles et talentueuses.

Ce monde est foutu, c’est l’évidence, mais les précédents l’étaient aussi et en dernière analyse : Vanitas vanitatum, omnia vanitas et sic transit gloria mundi!

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.

Propulsé par WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :